Prieuré fontevriste de Valette

Com. et Cant. Thénezay 79390

Arr. Parthenay

Deux Sèvres

Diocèse de Poitiers

Fondé entre 1116 et 1149 sous Pétronille de Chemillé, première abbesse[1]

Autres prieurés des Deux-Sèvres:

Prieuré de Bonneuil aux Monges, Notre-Dame ou Saint-Jean-Baptiste, com. de Sainte-Soline, cant. Lezay, arr. Niort, Deux-Sèvres, diocèse de Poitiers, prieuré fondé entre 1149 et la mort de Henri II Plantagenêt (1189)

Lieu-dit de Coulonges, com. et cant. Brioux-sur-Boutonne, arr. Niort, Deux-Sèvres, diocèse de Poitiers, fondé sous Pétronille de Chemillé. Non confirmé

Prieuré-domaine de La Dent, Alias Ladent, Chambertrand, com. Villiers-en-Plaine, cant. Coulonges-sur- l’ Autize, arr. Niort, Deux-Sèvres, diocèse de Poitiers, puis Maillezais, puis de La Rochelle, fondé sous Robert d’Arbrissel

Prieuré-domaine de La Poraire, com. Chiché, cant. et arr. Bressuire, Deux-Sèvres, diocèse de Poitiers, fondé sous Pétronille de Chemillé

Prieuré-domaine de La Taconnière, com. Maisontiers, cant. Saint-Loup Lemairé, arr. Parthenay, Deux-Sèvres, diocèse de Poitiers, fondé entre sous Pétronille de Chemillé

Prieuré-domaine ? Les Soussis, Ancien lieu très probablement com. Belleville, cant. Beauvoir-sur-Niort, arr. Niort, Deux-Sèvres, diocèse Saintes

Prieuré-domaine de Lorgeboisseau, alias Lorgeboisseau et Loge Boisseau, Ferme L’Orge Boisseau, dépendant de Valette, com. Maisontiers, cant. Saint-Loup Lemairé, arr. Parthenay, Deux-Sèvres, diocèse de Poitiers, fondé sous Pétronille de Chemillé

Prieuré-domaine de Montbertin, com. Maisontiers (Brahim), com. Saint-Loup Lamairé (Aussibal), arr. Parthenay, Deux-Sèvres, diocèse de Poitiers, non localisé

Prieuré-domaine de Montiboeuf, com. et cant. Secondigny, arr. Parthenay, Deux-Sèvres, diocèse de Poitiers, fondé sous Pétronille de Chemillé

Prieuré de Puyberland, Notre-Dame de Saint-Sauveur, com. Saint-Génard, cant. Melle, arr. Niort, 79, Deux-Sèvres, diocèse de Poitiers, fondé au XVIIe siècle

Prieurés fontevristes des Deux-Sèvres. Tiré de BRAHIM, D.E.A., p. 88.

I – Sources manuscrites

A. D. Maine-et-Loire.

Série H

231 H 1 Constitution du domaine                                                     XIe – XIIe s.

231 H 2 Administration du domaine                                                1293-1776

231 H 3 Baux à ferme                                                                      1485-1780

231 H 4 Réparations                                                                         1608-1766

231 H 5 Aveux et déclarations                                                         1405-1777

231 H 6 Terriers. Censifs. Comptes                                                 1502-1775

231 H 7 Procédures                                                                          1500-1776

A.D. Deux-Sèvres

Cadastre napoléonien section 14 dite de Valette (Thénezay), 3 P 328/24

II – Bibliographie

BIENVENU Jean-Marc, Les premiers temps de Fontevraud (1101-1189). Naissance et évolution d’un Ordre Religieux, thèse pour le Doctorat d’ État, Faculté des Lettres, Paris-Sorbonne, 1980, pp. 254, 308, 310, 317, 344, 380 n° 216.

BIENVENU Jean-Marc, Abbaye de Fontevraud et ses divers prieurés, s. d.

BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, Grand Cartulaire de Fontevraud, Soc. des Antiquaires de L’Ouest, 2000-2005, charte 450, 454, 492, 686, 704, 705, 718, 784-786, 788-789, 815.

BRAHIM Agnès, Les prieurés fontevristes dans le duché d’Aquitaine, D.E.A., Université de Poitiers, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, 1994, p. 88.

GIFFARD Auguste, Ville d’Angers, Inventaire du Musée d’antiquités Saint-Jean et Toussaint, Imprimerie de Lachèse et Dolbeau, 1884, n° 361, p. 230.

GRELIER Françoise, Le temporel de l’abbaye de Fontevraud dans le Haut-Poitou des origines jusqu’à la réforme du XVe siècle, Thèse de l’École des Chartres, 1960, pp. 73-74, 92-93, 111, 113, 115, 117, 127, 128, 220, 241, 261, 278, 279, 281, 315.

LARDIER Jean, Volume III de la Saincte Famille de Font-Evraud, 1650, pp. 258, 306, 341.

LARDIER Jean, Inventaire des titres du thresor de Fontevraud, 1646-1648, p. 485.

VIGUÉ Paul, Les assemblées générales des habitants de Thénezay sous l’Ancien Régime (1681-1787), 1912.

POIGNANT Maurice, Histoire des communes des Deux-Sèvres, 1984, p. 220.

POULAIN Jean, Dictionnaire de l’Ordre Fontevriste, 2000, p. 177.

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Prieuré-domaine de Valette

Anciennes graphies:

Valetae, Valetes, Valetta, Valettae, Valletis[2], Vallicuarum[3]

Le lieu de Valette correspond à un hameau situé au nord dans la plaine céréalière de Thénezay. Aucun cours d’eau n’est proche de Valette.

Fondation

Le prieuré de Montgauguier est probablement la souche d’où se détache le prieuré de Valette, né à moins de deux lieues de là, au nord-ouest, sur une terre donnée par Péan Morin : attesté dès 1118. Richilde, prieure de Valette a d’abord été prieure de Montgauguier[4] – qui le dirigea jusqu’en 1155. Il prospère malgré les diverses prétentions des laïques et de celle des moines de l’ Absie[5].

L’existence de ce prieuré est due à plusieurs donations :

1117/1118- 1123 ou 1124-1126 ou 1126-1137 – Moncontour : Péan Morin, avec l’accord de ses deux frères, de son épouse et de ses enfants, confirme à la communauté de Fontevraud, entre les mains de deux religieux de l’Ordre, la donation, par lui faite, de la terre de Valette et déclare celle-ci libre de toute obligation envers Pierre Aimar de Bressuire[6].

1119-1189 – Parthenay : Notice rappelant d’abord la donation faite à la communauté de Fontevraud, par Aimeri d’ Ibeille et son gendre Botier, en présence de Raoul Mauclavel seigneur du fief, d’une terre sise à Valette, terre dont Fontevraud a joui paisiblement pendant la vie des donateurs ; mais après leur mort, la fille d’ Aimeri, Douce – dont cette terre avait constitué la dot lors de son mariage avec Botier – a émis des revendications sur elle ; la prieure de Valette, Richilde, ayant fait débattre de cette affaire à Parthenay, Douce s’est inclinée ainsi que son fils Pierre mais elle a reçu seize sous de la prieure et Pierre dix-huit deniers. À Parthenay dans la maison du chevalier Geoffroi Beliaus[7].

1124-1130 ou 1135-1140 : Notice relatant qu’en présence de l’évêque de Poitiers Guillaume (II) Alleaume, Simon de Fontaines et ses deux fils ont renoncé en faveur de l’abbesse Pétronille (1115-1149) à leurs prétentions sur la terre de Valette[8].

1128, 1129 : Notice relatant qu’Herbert de Tillé a donné à la communauté de Fontevraud la dîme des porcs du prieuré de Valette[9]. Lardier précise en « vostre maison religieuse de Valettes »[10].

20 janvier 1131 : privilège pontifical de Innocent II, Rodulphi Maliclavelli et Iderti de Mirobello sont les donateurs de la terre de Valette.

1134 : Nous trouvons mention d’un domaine nommé Valette. L’abbesse Pétronille et Simon, abbé de Saint-Jouin-de-Marnes, s’accordent sur les terres appelées Mont de Frimon et Perche, situées entre leurs domaines respectifs, qu’ils se partagent[11].

1136 : L’abbesse Pétronille de Chemillé et l’abbé Guillaume, abbé de l’ Absie – dont l’abbaye possédait des maisons à Ecoussais – s’y disputent une terre qu’ils se partagèrent finalement à l’amiable à cette date[12].

En voici un premier exemple, concernant les monastères de l’ Absie en Gâtine et de Fontevraud. Une belle et curieuse charte-partie, ou chirographe, ayant pour légende intermédiaire Genus elctum, gens sancta, fut à cette occasion délivrée par l’évêque de Poitiers à chacun des monastères.

Le seul exemplaire qui existe aujourd’hui, aux archives de Maine et Loire, est celui de Fontevraud, se rapportant à son prieuré de Valette, liasse 1er, n°36.

« À l’exemple des saints Pères, quoique indignes, nous nous appliquons à résister à l’insatiable voracité de l’ancien ennemi [c’est-à-dire le Diable], qui mange du foin comme le bœuf, du quel c’est la nourriture choisie, et à l’inextinguible soif qui, lui faisant avaler sans difficulté un fleuve lui donne l’espoir d’absorber le Jourdain dans sa gueule; et de peur que, arrêtées par le mur de la discorde, les saintes oraisons des susdites personnes ne parviennent pas à l’oreille de Dieu, nous avons mis fin .comme il suit à la discorde existant entre les églises susnommées.

«La terre à propos de laquelle le débat avait éclaté, était réclamée par les moines de l’ Absie comme une dépendance de leurs maisons d’ Escozai. Les frères et les sœurs de Fontevraud ne mettaient pas moins d’énergie à affirmer qu’elle leur appartenait, en appelant au témoignage de Raoul Mauclaveus et des hommes qu’ils avaient-fait descendre sur les lieux.

Après examen, il est décidé qu’un jeu de ladite terre sera donné en propre à Fontevraud puis que le reste sera partagé également entre les deux églises, l’ Absie ayant la moitié la plus rapprochée des maisons et de la terre d’ Escozai, et Fontevraud la moitié contiguë aux maisons et à la terre de Valette.

«Pour que cette transaction demeure ferme et inébranlable, nous l’avons fait écrire sur la présente page et ordonné d’y apposer notre sceau, en témoignage de confirmation. Et si quelque personne, séculière ou ecclésiastique, cherche à enfreindre notre présent écrit, dans le cas où, après une seconde ou troisième admonestation, elle ne viendrait pas à résipiscence, qu’elle soit déchue de son rang et qu’elle soit éliminée de l’église jusqu’à amende et satisfaction convenables.

«Ont été médiateurs de cet accord Maître Arnaud archidiacre de Briou, Aimeri de Luviis prêtre et chanoine de Parthenay, Pierre Letard et Gosselin Ubert, chevaliers de Loudun.

En ont été auditeurs Robert abbé de Turpenay et Etienne son moine, Raoul sous-prieur et Pierre frère de Guillaume, qui étaient avec l’abbé de l’ Absie, Agnès prieuresse des Cerisiers[13], Aois et Hélène [religieuses], Renaud prieur, Giraud prêtre, Geoffroi de Chebrous, Aimeri de Tusson.

« L’ont approuvé les donateurs de l’une et l’autre partie de la terre Raoul Mausclaveus, Pierre Ascelin, Maingot Girard, Aimeri Ascelin, Aimeri Gormed, Simon Juget, Artuis et beaucoup d’autres qui ont loué cette transaction.

L’accord susdit y fut confirmé avec empressement et par l’ordre de l’abbesse Pétronille, le chapitre accorda à l’abbé Guillaume et aux moines de l’ Absie la terre de Vilers, que Raoul Bonet avait donnée aux religieuses pour l’amour de Dieu et de sa fille.

«Fait l’an de l’Incarnation du Seigneur 1136, épacte 15° indiction 14[14].

16 novembre 1136 : le privilège d’Innocent II cite, aussitôt avant La Taconnière (diocèse de Poitiers) dont on a vu qu’un prieuré y était installé dès avant 1131, le lieu voisin de Montbertin, reçu de Guillaume Mullon[15], apparenté à la famille de Parthenay. Un prieuré conventuel y était établi puisqu’une donation du seigneur d’ Airvault, faite à la demande de Guillaume Mullon, est dite avoir été consentie « aux moniales de Montbertin »[16] ; elle concerne les dîmes de ce lieu et de celui, tout proche, de Lorgeboisseau qui devint peut-être lui-même le siège d’un troisième prieuré : en effet, une charte passée au temps où Pierre était prieure de La Taconnière, sous l’abbatiat d’ Audeburge, octroya un droit de paissance pour les animaux des « maisons » de La Taconnière, Montbertin et Lorgeboisseau. Ainsi se trouve renforcée par cet ensemble, situé entre La Poraire à l’ouest et le groupe Montgauguier-Valette à l’est, la présence fontevriste entre Thouars et Parthenay[17].

Mathilde I d’Anjou (1149-1155)

1149-1155 : Acte concernant la donation de Guillaume Gondoin, à la communauté de Fontevraud et à l’abbesse Mathilde I d’Anjou, de sa personne et de ses biens et, notamment, du fief qu’il tenait d’ Aimeri Suard entre Assais, la Tache et Valette, en présence de Geoffroy abbé d’ Orvaux[18].

Audeburge de Haute-Bruyère (1155-1180)

1155 ou peu après – Cherves : Notice relatant l’accord conclu entre les mains de Pierre Garnier, religieux de Fontevraud, entre Geoffroi (de Cherves) et Guillaume de « Pleto », d’une part, et Richilde, prieure de Valette, d’autre part, au sujet de la terre qu’ils disaient être du quart de Villeneuve ; Geoffroi et Guillaume ont reçu la fraternité de la communauté ; l’épouse, les quatre fils et la fille de Geoffroi ainsi qu’une certaine Elisabeth ont concédé cet accord. Passé au monastère Saint-André de Cherves, sous l’abbatiat d’ Audeburge de Haute-Bruyère (1155-1180) promue après le 21 mai 1155[19].

Peu après 1155 :  Notice relatant que Geoffroi de Cherves a, en présence de Richilde, prieure du prieuré fontevriste de Valette, et de plusieurs religieux, renoncé, moyennement un dédommagement, à ses prétentions sur une terre de ce prieuré conformément au désir de son épouse qui avait hérité de cette terre ; sa mère, trois de ses fils et sa fille ont concédé ce renoncement ; de même, Guillaume de « Pleto », sur les conseils de sa femme et de son fils, et Jean Hélie ont abdiqué leurs revendications[20].

1155-1180 : Notice relatant qu’ Aremburge, épouse de Vivien Girard, a donné, ainsi qu’elle en avait naguère décidé avec son premier mari Bontier, la terre qu’elle possédait entre La Sautonnière et Valette ainsi qu’une autre entre Bouretard et Villeneuve ; son second époux, ses trois fils, sa fille et son beau-fils ont concédé ce don en recevant en commun une compensation[21].

Deuxième quart du XIIe siècle : Acte concernant le don, par Hubert Foucher, d’une terre sise à Valette dans les quarts de Villeneuve[22].

Deuxième quart du XIIe siècle : Notice relatant que Simon, fils d’Hubert Foucher, a, en présence de Geoffroi de Cherves, religieux de Fontevraud, et de Guillaume L’Archevêque, seigneur de Parthenay, renoncé à ses revendications sur le don fait à Valette par son père[23].

Le pape Alexandre III (1159-1181) confirme les dons faits à l’abbaye de Fontevraud et les met sous sa protection : nous trouvons le lieu de Valette[24].

XIIe siècle : Acte concernant le rachat de la dîme de Valette[25].

XIIe siècle : Acte concernant le don, par Jean Oreau, de ce qu’il possédait dans la quarte de Villeneuve et à Valette[26].

XIIe siècle : Notice relatant que Pierre de l’Ile et son épouse Amiotte ont donné tout ce qu’ils avaient à Valette dans la terre de Villeneuve, les fontevristes ne devant en jouir qu’après leur mort ; cependant, si l’un d’eux veut rentrer en religion à Fontevraud, il sera reçu en apportant la moitié de ce don ; s’ils rentrent ensemble, ils apporteront le tout[27].

Nous remarquons que les dons reçus par Valette aux XIIe et XIIIe siècles, ce sont les mêmes terres que nous relevons par la suite dans les arrentements. Nous relevons le fief de la Gondoynière ; La Taconnière, Lorgeboisseau, du Peyré, d’un moulin à Valette, d’un arpent au moulin de Pile. Tel que le voici constitué, ce domaine ne changera plus par la suite[28].

En remettant à Vincent, abbé de Saint-Pierre d’ Orval, trois sols de rente que Fontevraud perçoit près de la porte de son abbaye, elle reçoit en échange 5 sols de cens sur un jardin pour le domaine de Valette[29].

À la fin du XIIIe siècle, nous relevons encore quelques dons, mais rien d’un courant continu et général, donations de deux pièces de terre à Valette[30].

XIVe siècle

1340 : Le don des rentes se maintiennent plus longtemps, tout au moins les rentes en argent car les rentes en blé sont rarement citées en dehors du don de 8 setiers de froment fait à Valette en 1340[31]. De 1311 à 1395, nous dénombrons 6 dons faits à Valette dont un sextier, huit boisseaux et dix-sept sols. Nous savons que deux sols de froment de rente s’acquièrent pour une dizaine de livres, mais dans le domaine de Valette, en 1311, frère Briou acquièrent les deux mêmes sols de rente pour 24 sols seulement[32] et en 1325, huit sols pour dix-neuf livres[33].

Guerre de Cent Ans

Les malheurs de la Guerre de Cent Ans dépeuplent la région et les communautés. L’abbaye de Fontevraud ne compte plus que 10 à 20 moniales. La pauvreté est générale, les rentes en argent et nature ne sont plus payées à cause de l’abandon de l’exploitation des terres. Les prieurés, les domaines, les locaux d’exploitation comme les granges, les moulins et les fours se retrouvent à la fin de la Guerre de Cent Ans dans un état lamentable. La quasi-totalité des prieurés de l’Ordre ont subi des destructions.

Réformation – Marie de Bretagne (1457-1477)

À la pauvreté matérielle s’ajoutent l’absence de vocations et l’insubordination des religieux et des moniales. En 1460, la plupart des prieurés ne comptent plus que 2 à 5 religieuses et 1 à 2 religieux[34].

Il faudra attendre Marie de Bretagne (1457-1477) pour qu’un mouvement de réforme s’ébauche. Elle va se faire aider surtout par Guillaume de Bailleul, religieux vicaire général de l’abbesse puis prieur de Saint-Jean-de-l’Habit. Il est chargé de dresser un état du temporel de l’Ordre de Fontevraud. Le pape Pie II autorise Marie de Bretagne à « supprimer et esteindre quelques prieurés qui seroient hors espérence de se pouvoir remettre et tout ensemble permis d’appliquer le revenu à la Crosse de l’Abbesse et à la Mense du Grand Monastère »[35].

Dénomination d’un prieuré-domaine

Valette qui a été pendant un certain temps prieuré, jusqu’au XVe siècle, a maintenant à sa tête un gouverneur qui lui est spécialement attaché[36].

En 1294, nous trouvons un frère Brise « prier prioratus de Valette et de la Gondoynière ». En 1299, il existe toujours un prieur. En 1330 et 1351, il se nomme Pierre Boucheron. Or, en 1344, le frère Aimon de Ville, prieur de Fontevraud, fait un acte d’amortissement à Valette. Fontevraud intervient directement dans l’administration et ceci se confirme par la suite. En 1394, nous avons le titre complet de celui qui dirige le domaine, Girard Hautboys, « prieur, procureur et gouverneur des maisons de Valette, de la Gondoynière, de Lorgeboisseau et des moulins de Peyré ». En 1405, de nouveau le titre de prieur est accordé à Maurice Leduc et enfin Geoffroi Mousnier, prieur de Saint-Michel de Fontevraud[37], qui a la charge de gouverneur de Valette[38]. En 1494, le frère Pierre Richard est gouverneur de Valette, ensuite le frère Guillaume, abbé de La Celle de Poitiers est gouverneur de la maison de Valette[39].

Nous trouvons le titre de celui qui gouverne les domaines : gouverneur, procureur, administrateur, receveur, bailli.

Dans certains cas, il semble que l’abbesse préfère confier l’administration d’un domaine au prieuré le plus proche : c’est le prieur de La Puye, Pierre Richard, qui gère le domaine de Valette[40].

Nous connaissons l’existence d’une chapelle à Valette, dont il est fait mention dans une bulle de Jean XXII en 1415[41]. Ces oratoires élevés avec l’assentiment du Pape et des évêques répondent aux besoins spirituels des quelques religieux de l’Ordre qui vivent sur un domaine, mais très certainement aussi des serviteurs et des tenanciers. Il ne s’agit nullement de paroisses. L’oratoire ne supplante pas l’église du village qui reste indispensable pour l’administration des sacrements de baptême et de mariage.

1444 : don de Jean de l’Épine, paroisse de Saint-Citroine[42].

XVIIe siècle

1609 : dans le terrier de Valette on trouve la mention « Le château et maison noble de Valette avec toutes et chacune appartenances et dépendances, closture, maisons où se tiennent les métayers dudit lieu »[43].

XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle, à Thénezay, les terres de Doux et de Valette (celles-ci dépendantes de l’abbaye de Fontevraud) sont les meilleures de la paroisse qui n’est pas riche[44].

Réparations du 24 septembre 1728 : révèlent les bâtiments qui composent le domaine de Valette : chambres, cellier, tourette, chapelle, cuvier, toit aux cochons, greniers, grange, écuries, grenier[45].

Dîmes

À Valette, l’Ordre détient les dîmes d’une grande partie des lieux qui constituent le domaine, parmi lesquelles celle de Montbertin, de Lorgeboisseau, de Villeneuve et du Peyré[46].

Biens et revenus du domaine de Valette[47] :

Le village d’ Assay y représente 16 maisons et 15 pièces de terre, jardins et vergers qui rapportent 4 livres.

La Capronière (Caprenière) au faubourg d’ Oirneau (Oirmeau), le domaine possède 37 maisons, une métairie, 2 granges, 2 appentis, 4 jardins, un maseril, 3 vergers, 2 ouches, une pièce de vigne, un Champ, 2 prés, 5 pièces de terre, dont il tire 184 livres ; plus une infinité de terres dont les redevances se comptent en sols et en deniers et qui atteignent près d’une centaine de livres.

Tableau des rentes de Valette[48]

Recettes

En argent : 233 livres, 6 sols, 11 deniers, 17 oboles

En froment : 86 setiers, 105 boisseaux

En seigle : 6 setiers, 33 boisseaux

En Baillerge : 8 setiers

En avoine : 39 boisseaux

4 chapons

Conclusion

Patrick Bouvart : « Les habitations et bâtiments d’exploitation présentent un aspect moderne, ne laissant pas présager l’existence de bâtiments médiévaux en élévation . la chapelle n’existe plus »[49].

Iconographie

Plan cadastral napoléonien, section 1 de Valette, feuille 4

Vers 1200, plâtre : Empreinte d’un sceau de Hugues l’Archevêque seigneur de Parthenay. Samson au prise avec le lion, crosse, prieuré de Valette (Fontevraud) (archives de Maine-et-Loire), inventaire de 1868, n°726)[50].

XIIIe siècle, plâtre : empreinte d’un sceau de Geoffroy de Lusignan. Il sonne l’oliphant. Contre sel du même, léopard rampant, Valette (archives de Maine-et-Loire), inventaire de 1868, n°724)[51] .

Prieures et prieurs (gouverneurs) de Valette

Richilde, sans date[52]

GouverneurDateRéférence
Brice1294A.D.M&L, 231 H 1 GRELIER Françoise, annexes
Pierre Boucheron1330-1351A.D.M&L, 231 H 2
Guillaume Giraud ou Girault1333A.D.M&L, 231 H 2 GRELIER Françoise, annexes
Guillaume Boset1334A.D.M&L, 231 H 2 GRELIER Françoise, annexes
Aimon de Ville1344A.D.M&L, 101 H 157 f. 436 GRELIER Françoise, annexes
Girard Hautbois1394A.D.M&L, 231 H 2 GRELIER Françoise, annexes
Maurice Leduc1405A.D.M&L, 231 H 2 GRELIER Françoise, annexes
Geoffroi Mousnier1441A.D.M&L, 231 H 2 GRELIER Françoise, annexes
Pierre Richard1494A.D.M&L, 101 H 160 GRELIER Françoise, annexes

[1] BIENVENU Jean-Marc, Abbaye de Fontevraud et ses divers prieurés, s. d.

[2] BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, Grand Cartulaire de Fontevraud, Soc. des Antiquaires de L’Ouest, pp. 734, 927.

[3] LARDIER Jean, Volume III de la Saincte Famille de Font-Evraud, p. 341.

[4] BIENVENU Jean-Marc, Les premiers temps de Fontevraud (1101-1189). Naissance et évolution d’un Ordre Religieux, p. 254. Montgauguier, hameau, com. Cherves, cant. Mirebeau, arr. Châtellerault, Vienne, diocèse de Poitiers, fondé entre 1116 et 1149, sous Pétronille de Chemillé.

[5] BIENVENU Jean-Marc, op. cit., pp. 308, 310.

[6] BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, op. cit., charte 686.

[7] BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, op. cit., charte 492.

[8] BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, op. cit., charte 786.

[9] BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, op. cit., charte 450.

[10] LARDIER Jean, Volume III de la Saincte Famille de Font-Evraud, p. 258.

[11] GRELIER Françoise, Le temporel de l’abbaye de Fontevraud dans le Haut-Poitou des origines jusqu’à la réforme du XVe siècle, pp. 73-74. A.D.M&L 101 H 157 f. 436.

[12] BIENVENU Jean-Marc, op. cit., note 207, p. 228. A.D.M&L 231 H 1.

[13] Commune de Fougeré, canton et arrondissement de la Roche-sur-Yon, Vendée 85, Diocèse de Poitiers (XIIe siècle), 1317 : Diocèse de Luçon aux dépens de Poitiers, fondé sous Pétronille de Chemillé[13].

[14] Mémoire de la Société de statistique du département des Deux-Sèvres.

[15] Avant 1136 : Notice relatant que Guillaume Mullon a donné à Fontevraud ce qu’il possédait à Mont Bertin et reçu de l’abbesse et des moniales – ainsi que de Simon de Fontaines et ses deux fils, concesseurs de ce don, le « bénéfice » (des prières) de la communauté[15].

[16] Second quart du XIIe siècle : Notice relatant qu’à la demande de Guillaume Mullus Ripaud d’ Airvault, sa mère, son épouse et ses fils, ont donné à la communauté de Fontevraud, à l’usage des moniales de Montbertin, la dîme de la terre de ce lieu et celle de la terre de Lorgeboisseau ; Pierre et Simon Meigot, seigneurs du fief, ont concédé ce don.

[17] BIENVENU Jean-Marc, op. cit., pp. 316-317.

[18] BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, op. cit., charte 815.

[19] BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, op. cit., charte 704.

[20] BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, op. cit., charte 454.

[21] BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, op. cit., charte 784. BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, op. cit., charte 705

[22] BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, op. cit., charte 784.

[23] BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, op. cit., charte 785.

[24] LARDIER Jean, op. cit., p. 341.

[25] BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, op. cit., charte 788.

[26] BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, op. cit., charte 789.

[27] BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PON George, op. cit., charte 718. LARDIER Jean, op. cit., p. 306.

[28] GRELIER Françoise, Le temporel de l’abbaye de Fontevraud dans le Haut-Poitou des origines jusqu’à la réforme du XVe siècle, pp. 92-93.

[29] GRELIER Françoise, op. cit., p. 111. A.D.M&L 231 H 1.

[30] GRELIER Françoise, op. cit., p. 113. A.D.M&L 131 H 1.

[31] GRELIER Françoise, op. cit., p. 115.. A.D.M&L 131 H 1.

[32] GRELIER Françoise, op. cit., p. 117. A.D.M&L 131 H 1.

[33] GRELIER Françoise, op. cit., p. 117-118.

[34] LARDIER, op. cit., p. 561.

[35] NICQUET (H), Histoire de l’Ordre de Fontevrault……, p. 479.

[36] GRELIER Françoise, op. cit., p. 278.

[37] LARDIER Jean, Inventaire des titres du thresor de Fontevraud, p. 485.

[38] GRELIER Françoise, op. cit., pp. 127-128.

[39] LARDIER Jean, Inventaire des titres du thresor de Fontevraud, p. 485.

[40] GRELIER Françoise, op. cit., p. 281. A.D.M&L 101 H 160.

[41] GRELIER Françoise, op. cit., p. 220. A.D.M&L 101 H 155 f. 831.

[42] GRELIER Françoise, op. cit., p. 113.

[43] A.D.M & L, 231 H 6. BOUVART Patrick, Inventaire des prieurés fontevristes dans le diocèse de Poitiers. Fondations sous Robert d’Arbrissel et Pétronille de Chemillé (1101-1149)…., p. 61.

[44] VIGUÉ Paul, Les assemblées générales des habitants de Thénezay sous l’Ancien Régime (1681-1787), 1912.

[45] A.D.M & L, 231 H 4. BOUVART Patrick, Inventaire des prieurés fontevristes dans le diocèse de Poitiers. Fondations sous Robert d’Arbrissel et Pétronille de Chemillé (1101-1149)…., p. 61.

[46] GRELIER Françoise, op. cit., p. 241.

[47] GRELIER Françoise, op. cit., p. 261. A.D.M&L101 H 157 f. 436.

[48] GRELIER Françoise, op. cit., annexes. A.D.M&L, 101 H 157, f. 436.

[49] BOUVART Patrick, op. cit., p. 61.

[50] GIFFARD Auguste, Ville d’Angers, Inventaire du Musée d’antiquités Saint-Jean et Toussaint, Imprimerie de Lachèse et Dolbeau, 1884, n° 361, p. 230.

[51] GIFFARD Auguste, Ville d’Angers, Inventaire du Musée d’antiquités Saint-Jean et Toussaint, Imprimerie de Lachèse et Dolbeau, 1884, n° 362, p. 230.

[52] GRELIER Françoise, op.cit., annexes. A.D.M&L, 101 H 225.